Huit siècles d'histoire, du château fort au palais des Lumières
Des origines médiévales à la résidence ducale
Dès l'an mille, un château fort est mentionné sur le site. Il devient résidence de campagne des ducs de Lorraine au XIIIe siècle. Au début du XVIIe siècle, le duc Henri II fait raser l'ancienne forteresse pour bâtir une demeure plus moderne, endommagée par la suite pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648).
1698-1737 : la naissance du « Versailles lorrain »
En 1698, la Lorraine retrouve son indépendance. Le duc Léopold et son épouse Élisabeth-Charlotte d'Orléans font de Lunéville leur maison de plaisance. La construction d'une vaste avant-cour débute en 1701. L'année suivante, face à l'occupation de Nancy par les troupes de Louis XIV, Léopold installe sa cour à Lunéville, qui devient alors le « Versailles lorrain ». Les travaux, dirigés par l'architecte Germain Boffrand, élève à Versailles de Jules Hardouin-Mansart, se poursuivent jusqu'au début des années 1720.
La vie de cour
Chaque jour, des dizaines de courtisans se pressent dans les pièces publiques du château autour du duc et de sa famille. Avec les domestiques, ce sont plusieurs centaines de personnes qui se croisent dans les salles des gardes, la chapelle et l'escalier d'honneur. Le lever du duc, la messe, les repas, et même une partie de la toilette de la duchesse, se déroulent devant la Cour.
1737-1766 : Stanislas et le siècle des Lumières
En 1737, l'ancien roi de Pologne Stanislas Leszczynski s'installe à Lunéville : il en sera le dernier duc. Artiste dans l'âme, il imagine avec son architecte Emmanuel Héré, également auteur de la place Stanislas de Nancy, des pavillons exotiques pour embellir les jardins. Ces constructions disparaissent peu après la mort de Stanislas, en 1766, lorsque la Lorraine est rattachée à la France.
À Lunéville, la cour de Lorraine contribue alors au rayonnement de la pensée des Lumières. Voltaire y séjourne à plusieurs reprises (1735, 1748, 1749), fasciné par la salle des machines où sont enseignées les théories de Newton ; il y fait jouer sa tragédie Zaïre. Émilie du Châtelet, surnommée « Madame Pompon Newton », l'y accompagne en 1748-1749 : c'est à Lunéville qu'elle achève sa traduction des Principia de Newton, avant d'y mourir le 10 septembre 1749. Françoise de Graffigny, native de Nancy, y tient un salon fréquenté par les beaux esprits de l'époque avant de connaître, à Paris, un immense succès littéraire avec ses Lettres d'une Péruvienne (1747).
De la caserne au monument classé
À la mort de Stanislas, le duché perd son indépendance. Le château devient caserne de cavalerie, et Lunéville la « cité cavalière » du XIXe siècle. La reconnaissance patrimoniale se construit peu à peu : classement de la chapelle en 1901, des façades et toitures en 1929, puis de l'ensemble du domaine, jardins inclus, en 1998.
2003 : le grand incendie, point de départ d'une renaissance
Le soir du 2 janvier 2003, un incendie se déclare dans les combles de la chapelle et cause des dégâts considérables au bâtiment comme aux collections du musée. Le sinistre marque durablement les esprits — et accélère la prise de conscience du caractère exceptionnel de ce « Versailles lorrain ». Un vaste chantier de restauration s'engage alors, qui se poursuit aujourd'hui.